Francis Chouquet Graphiste Lettering

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Etude de cas: le projet « Here & Now »

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Il y a quelques semaines, j’ai réalisé un lettrage mural pour une salle de CrossFit et j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de partager avec vous cette expérience et en profiter pour vous parler un peu de mon process sur ce genre de projet.

Le brief initial

Le client est une connaissance qui suis mon travail depuis quelques temps sur Facebook. Après avoir agrandi son complexe sportif, il a eu l’idée de faire un lettrage sur un grand mur, au fond de la salle, histoire de meubler mais aussi pour donner une certaine dynamique.

La première chose que j’ai fait c’est d’aller sur place. Autant pour un logo ou une composition classique on n’a pas forcément besoin de se déplacer, autant pour un mur, je préfère voir à l’avance ce que je vais pouvoir faire et proposer des idées en conséquence. C’est pas toujours faisable quand on a des projets à distance mais dès que je travaille « en local », je le fais automatiquement.

J’y suis donc allé et ai déjà découvert un mur assez haut, environ 5 mètres de hauteur et très large, environ 15 mètres. Donc grand projet par la taille. Un autre aspect important qu’il sera difficile d’expliquer ici, c’est que devant ce mur, il y a des racks, une grande structure métallique pour faire de la musculation. Donc, déjà ça veut dire que de loin, avec du recul, le lettrage va se positionner derrière cette structure. Il ne faut donc pas un lettrage trop complexe sinon l’ensemble risque d’être incohérent et surtout créer une surcharge visuelle à cet endroit. Plus bas, j’ai mis une photo avec projection du lettrage sur le mur qui montre assez bien l’environnement.

Je lui ai donc fait part de ces premières observations.

On a ensuite discuté du contenu même à peindre sur ce mur. Et il mentionne alors un travail que j’ai commencé qui lui a beaucoup plu, et qui se nomme « Here & Now ».

WIP for #tshirt

A photo posted by Francis Chouquet (@fran6) on

 

Il aime beaucoup le concept même de cette phrase ( plus que le lettrage lui-même ), qui plus est dans un domaine comme le CrossFit, qui demande beaucoup de concentration, de présence et de volonté. Il a donc envie de reprendre cette phrase et la voudrait de manière dynamique sur le mur. Pas trop de fioritures ni d’ornements. Je le rejoins notamment pour le point mentionné plus haut concernant le fait d’avoir la structure métallique devant. Je me dis alors qu’un bon brush lettering, avec quelques lignes droites ferait sûrement l’affaire.

Les croquis et leur validation

Je rentre et commence à travailler librement sur la phrase. Quand je dis librement c’est que je ne me mets pas vraiment de limites à l’exploration. On est partis sur du brush lettering mais si une autre idée me vient et que je pense qu’elle pourrait convenir au projet, alors je la soumets. Toujours dans la limite du budget apparti, bien entendu.

Premiers croquis au brush pen

Premiers croquis au brush pen

Je bosse donc mes premiers croquis sur calque. Le calque et les feutres pour le brush lettering sont un mariage idéal. On consomme moins d’encre et surtout, le feutre glisse mieux sur la feuille, ce qui permet des explorations plus intéressantes.

J’arrive très vite à un résultat qui me convient. Le lettrage est relativement simple et est aménagé aux extrémités de lignes ou traits horizontaux, qui apportent de la balance, du dynamisme et qui permettent d’allonger quelque peu le lettrage. N’oublions pas que celui-ci va faire une petite dizaine de mètres. Un autre aspect important, ces lignes viennent aussi se fondre naturellement au milieu de la structure métallique qui est plutôt verticale. Ça apporte donc une sorte de rupture dans le paysage et permet un meilleur focus sur le lettrage.

J’en retiens deux pistes. J’avais prévenu le client que pour le budget, il aurait 2 pistes. A partir de là, mon process est assez commun à pas mal de calligraphes « brush ». Je scanne les deux meilleures pistes pour les caler sur un format A4, c’est-à-dire un format plus grand pour pouvoir mieux travailler les détails. Le but aussi ici c’est de retravailler certaines courbes et peaufiner l’ensemble. Je travaille toujours sur papier calque. Certains préféreront la table lumineuse. Ici, peu importe, chacun son process. Voici les deux pistes proposées. L’une est donc plus en courbes que l’autre. Je suis resté au plus proche de la demande initiale tout en tenant compte du lieu.

Another Sketch for my last client project. More brushy this time.

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Rough Sketch for a mural project

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Vient ensuite l’encrage, que je fais avec un feutre Micron 0.2mm et un brush Zebra ou Pilot pour garder une fluidité dans les courbes. A noter que mon process ici dépend souvent du projet, du client et du budget. Parfois j’envoie un croquis simple et encré, parfois je propose une première version vectorisée à la main. Dans le cas présent, le croquis encré était la meilleure solution, d’autant plus qu’il n’y aurait pas de vectorisation par la suite.

Je lui envoie donc mes deux pistes et on se donne rendez-vous chez lui la semaine suivante pour en discuter.

Je me rends donc à la salle quelques jours plus tard et il n’y aura pas vraiment de discussion sur les pistes puisqu’il sait déjà celle qu’il veut. c’est-à-dire celle qui lui semble la plus dynamique et avec moins de courbes. Pour ce deuxième rendez-vous, j’ai aussi amené mon projecteur. Ce projecteur va me permettre de projeter le lettrage directement sur le mur et voir ce que ça donne. Ca aide à confirmer qu’on fait le bon choix et ça permet d’avoir un premier rendu en situation réelle. La photo qui suit vous permettra de bien cerner l’environnement et notamment l’emplacement de la structure métallique.

Projection du lettrage choisi sur le mur.

Projection du lettrage choisi sur le mur.

L’ensemble fonctionne très bien mais, l’un comme l’autre, on trouve qu’il manque un peu de mise en relief. Il manque un petit élément qui va « sublimer » l’ensemble. Et là, le client me demande s’il ne serait pas possible d’ajouter un brin de couleur sur le lettrage, et notamment le orange, qui est, avec le noir, la couleur de son identité visuelle. Je lui propose donc de faire un essai avec une ombre orange. On fait ça en live directement en projection sur le mur et effectivement, l’ensemble est encore plus dynamique. On valide aussi la taille du lettrage. C’est là où le fait de travailler avec un projecteur est très utile. Et on prend donc rendez-vous pour peindre l’ensemble.

Mise en place du lettrage sur le mur

Pour un projet mural, il faut quand même un peu de logistique. Déjà, il faut prévoir échelle ou escabeau pour voir monter suffisamment haut. Je vais devoir en acheter un nouveau qui soit suffisamment grand. Ensuite, quelle technique vais-je utiliser pour peindre le mur. Plusieurs possibilités s’offrent à moi. Il y a tout d’abord les feutres acryliques, comme les Posca ou Molotow. Le souci c’est que sur une surface comme celle-ci, ça risque de prendre trop de temps et de revenir trop cher. Cela dit, les feutres peuvent être utiles pour certains aspects. J’y reviendrai plus tard.

Il y a ensuite, la One Shot, peinture email utilisées par les peintres en lettres. Cette peinture a l’avantage d’être brillante et surtout de tenir plusieurs décennies sans bouger. Elle est beaucoup utilisée aux US et en Grande-Bretagne par les Sign Painters, que ce soit en extérieur ou en intérieur. Le souci avec ces peintures c’est déjà qu’elles coûtent plutôt cher, ne sont pas facilement trouvables et qu’elles nécessitent l’emploi du White Spirit comme diluant. Donc en intérieur, pas sûr que respirer ce genre de vapeurs soit une bonne chose pour les sportifs !! 😀

Il y a ensuite les bombes aérosols. Là, je ne me pose même pas la question n’étant pas très calé en la matière. Je ne vais pas m’initier sur ce genre de projet. Qui plus est, « je me sens plus proche » des pinceaux que des bombes 😉

Enfin, il y a l’acrylique traditionnelle, celle que l’on utilise pour peindre des murs, qu’ils soient intérieurs et extérieurs. C’est vers cette technique que je vais me tourner. Il y a déjà l’avantage que ce soit une peinture à base d’eau. Donc facile à nettoyer. Ensuite, elle est très résistante et ne sens pas. Enfin, elle est relativement bon marché. J’ai personnellement acheté 2 pots de 500ml pour une dizaine d’euros. On en trouve dans tous les magasins de bricolage. La marque a peu d’importance.

J’ai donc acheté ces 2 pots de noir et un pot de orange pour le relief. Côté pinceau, j’ai pris plusieurs modèles: 2 gros pinceaux plats pour les grandes surfaces et plusieurs petits pinceaux pointus dit « d’artistes » pour les détails. L’avantage de ces pinceaux est de pouvoir être très précis. Enfin, j’ai également pris un rouleau en mousse pour les très grandes surfaces. Malheureusement, je n’ai pas pensé à prendre une petite photo de tout ce matériel, désolé, mais ici rien de bien spécifique.

Je me rends donc sur les lieux, installe tout ce qu’il faut pour protéger les sols et positionne le projecteur en conséquence. Je suis prêt à faire le premier tracé.

Concernant l’utilisation du projecteur, il existe pas mal d’autres méthodes pour tracer un lettrage sur un mur, et l’utilisation du projecteur ne sera pas toujours la meilleure, la plus simple ou ne sera pas toujours réalisable du fait par exemple d’un manque de recul. Mais dans pas mal de cas, c’est la technique que je préfère parce qu’elle me permet de visualiser à l’avance le rendu et de modifier le positionnement et la taille du lettrage. C’est, pour moi, ce qui offre le plus de flexibilité.

Ce premier tracé donc, je le fais au crayon. Tout simplement. Il y a certaines lettres qui vont être plus complexes à dessiner car elles se trouvent derrière la structure métallique. En fonction du croquis que j’ai en main, je vais faire une première version de ces lettres à la main. Puis, je bouge le projecteur pour le mettre à un endroit où ces lettres sont visibles. Il y a de la déformation avec le positionnement du projecteur mais ça me permet de voir si ma première version de ces lettres est la bonne. Je valide l’ensemble du crayonné et je suis prêt à peindre.

Alors là, il y a deux manières de voir les choses. Soit je commence à peindre le corps du lettrage, en noir donc, soit je commence par l’ombre, en orange. La logique voudrait que je commence par l’ombre parce qu’il est plus simple ensuite de couvrir de noir l’orange qui déborderait que l’inverse. Peindre du orange par-dessus du noir est nettement plus difficile, il faut souvent en mettre plusieurs couches. De l’autre côté, bosser le corps du lettrage en premier permet de voir les courbes globales et de pouvoir modifier si nécessaire. On ne peut pas vraiment voir l’ensemble avec uniquement l’ombre peinte. Aussi, je voulais voir ce que donnait le lettrage sans l’ombre. Et décider eventuellement de ne pas la mettre. Je peins donc le corps du lettrage en premier.

Et là, j’ai utilisé mes feutres Posca. Pour mieux suivre les lignes du lettrage, je trouve que d’utiliser ce genre de feutre est plus pratique. J’ai donc repris les lignes crayonnées avec un Posca noir 5mm, tout en remplissant de noir quelque chose comme 1 à 2 centimètres à l’intérieur des lettres. Et j’ai fait ça pour tout le lettrage. Ca permet déjà d’avoir un bon aperçu avec le recul et aussi, je vais pouvoir passer directement au rouleau pour remplir le reste. Voici le rendu après passage du Posca.

Working on another #mural. Way bigger this time but less details. Great to see it taking shape 🙂

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L’étape suivante, c’est-à-dire le couvrage au rouleau va durer 20/30 minutes, alors que le crayonné aura demandé 2 bonnes heures et le premier encrage au Posca une bonne heure. Encore une fois, l’usage des bombes ici aurait peut-être été tout aussi efficace. Mais comme dit plus haut, je suis plus à l’aise avec les pinceaux, et aussi je me voyais mal polluer l’air de la pièce avec le bombage. Mais je compte tester sur un prochain projet perso avec mes comparses John Goldbronn et Stéphane Meyer.

Une fois le couvrage complet noir effectué au rouleau, je laisse sécher. Ca prendra une petite heure environ. Après ça, je me rends compte de deux choses: la première c’est qu’il y a pas mal de trous dans le murs, des petits trous que le rouleau n’a pas pu boucher avec la peinture et qui sont restés blancs. Il va donc falloir les peindre. Je vais utiliser les pinceaux fins et pointus pour ça. La deuxième chose que je remarque c’est qu’une seule couche ne va pas suffire. Là, je vais réutiliser le rouleau mais aussi les pinceaux plats pour opacifier totalement le lettrage. Mais je ne ferai cette partie qu’après avoir peint l’ombre orange, histoire de bien faire les lignes extérieures. Et là, je pourrai mettre mon noir par-dessus le orange.

L’ombre va prendre un peu de temps. Elle n’est pas large, donc je vais utiliser quasi exclusivement les pinceaux pointus. Il faut aussi être précis pour ne pas déborder de chaque côté. L’ensemble va me prendre encore deux heures. Je vais aussi fignoler et boucher les trous comme expliqué ci-dessus et ça me prendra encore une petite heure. Voici le rendu après couvrage total.

Day 2: almost there! #murals

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Le rendu final me plait beaucoup et va plaire aussi au client et aux sportifs qui vont passer me voir. Le ressenti à la fin de ce projet va être énorme aussi. Je me suis attaqué ici à mon plus grand lettrage, en taille. Et j’avoue que ça a parfois été physique, mais ça en valait la peine. Le fait d’être sur cet escabeau, à peindre son propre lettrage, tout en écoutant de la musique, loin du bureau et des réseaux sociaux, je peux vous dire que ça fait du bien haha 😀 Note ici peut-être plus personnelle mais je pense que ça fait partie de l’expérience globale du projet. Et c’est important.

La recherche sur papier et la finalisation des croquis aura duré 10 heures environ, plus deux rendez-vous clients d’une heure chacun environ, et peindre le lettrage aura pris 10 à 15 heures étalées sur 3 jours. Le budget client ne peut pas être communiqué ici, mais si vous prenez un taux horaire de graphiste confirmé, multiplié par le nombre d’heures passée, vous devriez être pas loin du compte 🙂

Je finis cet article avec un petit time lapse du projet. C’est la première fois que je postais une vidéo sur Instagram et le retour a été énorme avec plus de 5300 vues et près de 550 likes.

Small #timelapse of the work I did last week #Crossfit Jackhammer

A video posted by Francis Chouquet (@fran6) on

 

Voilà, c’est tout pour ce projet. N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des questions ou autres remarques, et merci pour votre attention. L’article fait exactement 2550 mots 😀

3 Commentaires

  • Virginia

    Hello, bravo pour cette explication très précise ça fait plaisir à voir que notre travail passe par autant d’étapes 😅 petite question cependant, vous n’utilisez pas de couche d’accroche? Merci pour votre réponse amitiés virginia

  • Virginia > Merci ! Non pas de couche d’accroche, il n’y en a pas besoin avec ce type de peinture 🙂

  • C’est super propre Francis, j’adore, perso j’aime la bombe et tout récemment je me suis mis à l’aérographe, c’est un pur bonheur que je vous partage, franchement à tester.
    Bravo encore 😉

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